Salon international de l’Agriculture 2026 : attentes et perspectives
Franck Menonville, Sénateur de la Meuse, Conseiller municipal de Stainville et agriculteur
Chaque année, le Salon international de l’Agriculture (SIA) constitue un moment particulier. Peu d’événements rassemblent à ce point les Français autour d’une réalité commune : celle de leur agriculture et de ceux qui nous nourrissent. Comme l’a rappelé le président du SIA, Jérôme Despey, «venir, c’est soutenir». En 2026, cette affirmation doit prendre tout son sens avec l’absence des bovins pour éviter la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse.
Car le Salon ne peut pas être seulement la vitrine de nos terroirs. Il doit demeurer un temps d’échange et de dialogue entre les responsables politiques, les organisations agricoles et les visiteurs. Notre agriculture traverse une nouvelle période de tension : nous devons collectivement en faire le point de départ d’une réponse concrète. Les agriculteurs n’attendent plus des déclarations d’intention, mais des décisions rapides. C’est pourquoi j’appelle à l’élaboration, à l’issue du SIA d’une véritable loi d’urgence agricole.
Cette loi devra d’abord simplifier leur quotidien. Aujourd’hui, produire en France est souvent plus difficile qu’ailleurs en Europe. Accès à l’eau, procédures administratives, autorisations d’exploitation ou solutions phytosanitaires : les contraintes supplémentaires s’accumulent et créent une distorsion de concurrence directe avec nos voisins européens. La question n’est pas idéologique ; elle touche à notre souveraineté alimentaire.
La pénurie d’œufs illustre cette contradiction purement française. Nous voulons consommer local et soutenir les producteurs, mais l’installation de nouveaux poulaillers devient extrêmement complexe. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a rappelé que « la procédure d’installation d’un poulailler est la même que pour une centrale thermique ! » Entre procédures longues et refus d’implantation, nous empêchons parfois la production nationale tout en important davantage. Soutenir l’agriculture implique d’accepter qu’elle puisse exister concrètement sur nos territoires.
Le Salon 2026 sera également marqué par la réforme de la Politique agricole commune. La PAC doit rester une politique véritablement européenne, dotée d’un budget ambitieux, afin d’éviter toute concurrence déséquilibrée entre États membres et de placer la production, l’innovation et la compétitivité au cœur de sa stratégie.
Pour revenir sur des préoccupations françaises, avec plusieurs sénateurs, nous avons redéposé une proposition de loi visant à corriger certaines surtranspositions réglementaires qui fragilisent directement plusieurs filières, notamment la betterave, la cerise, la pomme et la noisette. Dans certains cas, l’absence d’alternative technique menace leur maintien sur notre territoire.
Ce Salon doit rester un moment fédérateur, mais aussi un moment utile. Nos agriculteurs n’attendent pas des hommages annuels ; ils attendent des règles cohérentes avec ce que nous demandons collectivement : produire en France, nourrir les Français et préserver nos terroirs. La ferme France ne peut plus attendre.