1er mai : les boulangers et les fleuristes sanctionnés tandis que le parlementarisme est malmené

Hervé Marseille, Président de l’UDI et Président du groupe Union centriste au Sénat

 

Le 1er mai, des boulangers vendent leurs pains, des fleuristes leur muguet. Des Français les achètent. Rien d’extraordinaire, si ce n’est que la loi, dans sa rigidité froide, sanctionne certains d’entre eux pour cela.

C’est précisément cette absurdité que nous avons voulu corriger, sans remettre en cause le caractère férié de cette journée, sans toucher aux droits des salariés, sans dénaturer la fête du Travail. La démarche est circonscrite, encadrée et mesurée.

 

Le 25 avril 2025, avec Annick Billon, Sénatrice de Vendée, nous déposions une proposition de loi pour sécuriser les boulangers et les fleuristes qui travaillent le 1er mai. Le gouvernement soutenait le texte, s’engageait à déclencher simultanément une procédure d’urgence avec un décret en Conseil d’État. Le Sénat l’adoptait le 3 juillet 2025. Un an s’est ensuite écoulé. Rien. Puis, en catastrophe, le texte est arrivé à l’Assemblée nationale, où l’obstruction a eu raison de ce qui relevait pourtant du simple bon sens. Les syndicats ont leur rôle à jouer, personne ne le conteste. Mais instrumentaliser un texte aussi limité pour en faire un symbole, c’est faire de la communication à peu de frais sur le dos de professionnels qui, eux, paient l’addition. Le gouvernement avait un an pour éviter cette crispation. Il ne l’a pas saisie.

 

Dès lors qu’un texte, répondant à celui du Sénat, est passé à l’Assemblée nationale, une commission mixte paritaire pouvait être réunie. Les parlementaires des deux chambres sont des personnes raisonnables, capables de trouver un accord. Mais soyons clairs sur la mécanique : même si les Présidents des assemblées forçaient la convocation alors que c’est initialement au gouvernement de le faire, les conclusions resteraient à la main de celui-ci, et les décrets d’application devraient être signés par le ministre du Travail. Il ne s’agit donc pas de forcer quiconque.

Car le paradoxe est saisissant. La loi réserve la vente du muguet le 1er mai aux seuls particuliers faisant de la cueillette sauvage. On constate que ce sont les ventes qui sont sauvages, et les fleuristes sanctionnés. L’urgence est d’y remettre du bon sens.

 

Cette affaire, aussi limitée soit-elle dans son objet, dit quelque chose de bien plus profond sur l’état de nos institutions. Que doit-on penser du travail du Parlement lorsqu’un texte voté par le Sénat, soutenu par le gouvernement, peut être enterré dès lors qu’il déplaît à des syndicats ou à une partie de la gauche, et que l’exécutif choisit alors de se dérober ? Le message envoyé est dévastateur. Lorsque l’exécutif bloque le processus législatif par calcul politique, il n’affaiblit pas seulement le Parlement. Il se fragilise lui-même et fragilise la confiance des Français. J’appelle à la méfiance.

 

C’est pourquoi la question que j’ai posée au Premier ministre dépasse largement le sort des boulangers et des fleuristes. À un an de l’élection présidentielle, le temps est compté. Est-ce que le gouvernement comme le Parlement seront immobiles et inutiles, ou pourrons-nous encore être utiles au pays ? Les familles voient le prix de l’énergie et du chauffage monter. Les Calédoniens attendent des décisions depuis trop longtemps. Le budget devra être examiné à la rentrée, et nul n’ignore les contorsions que cet exercice pourrait encore produire. Un an, c’est peu et c’est beaucoup à la fois. C’est suffisant pour agir, à condition d’en avoir la volonté.