Colère des agriculteurs : comment la comprendre ? Comment y répondre ?
Claude Aurias, Maire de Loriol-sur-Drome, Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes délégué à l’économie de proximité et agriculteur à la retraite
Les agriculteurs ne sont pas opposés aux importations ni au libre-échange. Ils demandent simplement une chose : que les mêmes règles sanitaires s’appliquent à tous.
Dans le sport, c’est évident : quand on joue au football, les règles sont identiques au niveau national, européen et international. Pourquoi cela ne serait-il pas le cas en agriculture ?
Aujourd’hui, le régime des producteurs varie totalement d’un pays à l’autre. Certains produits phytosanitaires interdits en France sont encore utilisés ailleurs, y compris dans plusieurs pays européens, comme l’Espagne ou la Belgique. Et pourtant, ces denrées traitées avec des substances interdites chez nous sont vendues et consommées en France. Si la France interdit certaines matières actives, c’est bien parce qu’elles sont jugées dangereuses. Alors, comment accepter que nos concitoyens consomment des produits importés contenant ces mêmes substances ?
Deuxième problème : le contrôle des importations est dérisoire. À peine 0,8 % des produits importés sont contrôlés aujourd’hui. Les agriculteurs n’ont aucune confiance dans un système aussi insuffisant. Comment garantir la sécurité alimentaire avec un taux de contrôle aussi faible ?
Troisième constat, et il est dramatique : Pour la première fois, en 2025, la balance commerciale agricole française est devenue négative. Un symbole fort de notre perte de souveraineté alimentaire.
En fruits et légumes, c’est un non-sens total : nous importons plus que nous ne produisons, alors que nos terroirs ont tout pour répondre à nos besoins. La concurrence déloyale détruit notre production locale. Dans la Drôme, par exemple, nous sommes passés de 7 000 hectares de pêchers en 2001 à, à peine, 1 000 hectares aujourd’hui. Une chute vertigineuse.
Alors, que veulent les agriculteurs ? Ils veulent simplement pouvoir travailler. Ils veulent que leur savoir-faire soit respecté. Ils veulent des règles équitables. Ils veulent produire une alimentation saine, de qualité, pour protéger la santé de tous.
Nous avons le savoir-faire, nous avons les terres, nous avons la passion : donnons-nous les moyens de lutter à armes égales