L’Europe au pied du mur
James Cheron, Secrétaire national UDI aux Affaires européennes et relations avec les partis politiques européens, Vice-président du Conseil régional d’Île-de-France, Maire de Montereau (77)
Un nouvel ordre mondial est-il en train de s’écrire sous nos yeux ? Nous en vivons des potentielles prémisses, sur fond de brutalité et de décomplexions.
Ce basculement n’est pas accidentel : il est revendiqué, et porté par ceux-là mêmes qui, il y a 80 ans, avaient institué les règles du multilatéralisme pour éviter le retour des conflits de puissance. Aujourd’hui, ces règles sont méthodiquement attaquées par Donald Trump.
Le Groenland fait l’actualité de la semaine, mais il n’est pas le cœur du problème, plutôt un symptôme. Et ce n’est pas un hasard si c’est l’Europe qui est désormais attaquée : trop de potentiel ! Ce faisant, Donald Trump met l’Europe devant ses responsabilités : l’unité pour être plus fort ensemble, quitte à se fâcher temporairement avec l’allié américain, ou la préservation d’intérêts nationaux en reculant sur les valeurs, l’unité et le projet !
Laisser faire au Groenland ? Mais comment protéger ensuite les Outre-mer européens et notamment français ? Comment protéger Taïwan face à l’appétit de Pékin ? Comment protéger l’Ukraine et les pays baltes face à l’impérialisme russe ? Derrière ces tentatives ou provocations se dessine une remise en cause frontale de l’ordre international fondé sur le droit, au profit d’un système arbitraire, vertical, personnalisé.
Cette attaque contre le multilatéralisme est centrale et préoccupante. Le « Comité pour la paix » voulu par Donald Trump ne ressemble pas à une lubie mégalomane de plus, mais bien à un projet politique : supplanter l’Organisation des Nations unies (ONU) par une structure contrôlée, où les pays sont choisis, révocables à sa guise. Un organe où il déciderait qui est légitime, qui ne l’est plus, qui mérite protection ou sanction. Un pouvoir sans contrepoids, sans règles, sans durée limitée. Une négation pure et simple de l’esprit multilatéral.
Certes, l’ONU n’a pas le poids politique qui en est parfois attendu. Mais elle est représentative et respectueuse de la diversité du monde, et reste particulièrement opérationnelle dans des secteurs essentiels de la solidarité internationale : la santé, la nutrition, l’aide humanitaire, les réfugiés, la coordination des crises, entre autres. La détruire ou la contourner, ce n’est pas corriger ses failles, c’est priver le monde de ses rares mécanismes de stabilité, au profit d’une vision unique et d’un leader individuel.
Et la cible privilégiée de la stratégie du Président Trump n’est pas un hasard : c’est l’Europe. Qu’il s’agisse du Groenland, du commerce ou de la sécurité, Donald Trump cherche à déconstruire l’Union européenne en alimentant ses divisions, en flattant certains dirigeants, en opposant les intérêts nationaux les uns aux autres. L’Europe peut s’effondrer de l’intérieur si elle cède au chant… ou au chantage.
Le risque est réel. Les Européens doivent faire preuve d’une solidarité totale, sur tous les sujets, sans exception. Faute de quoi, l’effritement deviendra implosion. Dans ce nouveau monde, soit l’Europe s’affirme comme une puissance politique unie, soit elle accepte de disparaître. Le moment crucial interroge le fonctionnement, l’activité et les mécanismes de solidarité européens. Avec des réponses à trouver en urgence.
L’UDI, consciente du poids de l’histoire et de l’intérêt de l’alliance atlantique, n’en demeure pas moins viscéralement attachée à l’indépendance de la France dans une Europe unie et forte. S’affirmer est indispensable, tant pour se faire respecter que pour préserver les intérêts de notre pays et de l’Europe, dont les destins sont à nouveau intimement liés !