Stratégie énergétique : le défi n’est pas technique, mais humain

Alexis Quentin, Secrétaire national UDI à l’Énergie et membre du Conseil supérieur de l’énergie

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) publiée la semaine dernière dessine, sur le papier, une trajectoire d’une ambition inédite.

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas une stratégie timide sur les renouvelables : les objectifs se situent dans la borne haute des scénarios de réindustrialisation, exigeant de battre, chaque année et simultanément, les records historiques de raccordement. Du côté de l’atome, on abandonne enfin la fermeture anticipée de tranches pour lancer le programme de nouveau nucléaire.

 

Pourtant, cette “mystique de la croissance” se heurte à un mur : le facteur humain. Le véritable goulot d’étranglement de cette transition n’est ni financier ni technologique, il est démographique. Avec 80 % de tension sur les recrutements techniques et un besoin de 450 000 emplois supplémentaires d’ici 2030, la France tente de mener une guerre industrielle sans soldats.

 

En fin de compte, cette PPE ressemble à l’école des fans : chaque filière reçoit des objectifs généreux, mais la clause de revoyure prévue pour 2027 risque de siffler la fin de la récréation. Ce texte semble surtout écrit pour lancer les appels d’offres en attendant les prochaines échéances électorales. Espérons qu’alors, le processus de révision se fera de manière plus rationnelle.

 

La méthode, en outre, interpelle. Le choix d’un simple décret, là où un travail parlementaire sérieux était en cours au Sénat, interroge. Certes, le gouvernement est administrativement dans son droit, mais là où il a juridiquement raison, il a politiquement tort. En ignorant les travaux de l’OPECST ou des commissions d’enquête, comme celle du sénateur Delahaye, l’exécutif se prive d’un consentement éclairé sur les efforts de formation requis. On ne transforme pas une nation par décret quand celle-ci doit changer, en profondeur, ses chaudières, ses voitures et ses métiers.

 

Enfin, un élément trop peu présent l’Europe, et encore quasi exclusivement sous l’angle de la mise en œuvre de directives. Comme si le projet européen et son application à l’énergie n’intéressaient que trop peu.