Ilan Halimi : ne rien oublier pour commémorer, protéger et transmettre

Serge Amar, Adjoint au maire d’Antibes Juan-les-Pins (06) et Vice-Président de la Région Sud (Provence-Alpes-Côte d’Azur)

Il y a vingt ans, en février 2006, Ilan Halimi était enlevé, séquestré et torturé parce que juif. Son assassinat a marqué la France d’une blessure profonde. Il a révélé, avec une brutalité insoutenable, qu’un antisémitisme meurtrier persistait sur notre sol.

Se souvenir d’Ilan Halimi, ce n’est pas seulement honorer une victime ; c’est rappeler à la conscience nationale que la haine peut prospérer lorsque l’indifférence gagne.

Vingt ans plus tard, alors que des rassemblements ont lieu et qu’un procès en appel se tient à Épinay-sur-Seine dans l’affaire de l’abattage d’un olivier planté en sa mémoire, notre devoir est clair : protéger la mémoire et refuser toute banalisation. Les symboles comptent. Les lieux de recueillement, les arbres plantés, les plaques commémoratives sont des repères de vigilance. Les profaner, c’est tenter d’effacer l’histoire ; les défendre, c’est affirmer que la République n’oublie pas.

L’antisémitisme aujourd’hui ne se limite pas aux actes spectaculaires. Il se diffuse aussi dans les insultes du quotidien, les théories complotistes en ligne, les amalgames, les intimidations. Il prospère sur les réseaux sociaux, se nourrit des crises internationales et s’infiltre jusque dans les cours d’école. Les chiffres récents montrent une recrudescence préoccupante des actes et menaces antisémites. Cette réalité exige lucidité et détermination.

Les réponses doivent être à la hauteur. Au niveau national, cela signifie une application ferme des lois existantes, un soutien renforcé aux forces de l’ordre et à la justice, ainsi qu’une protection effective des lieux de culte et des établissements scolaires. Cela implique aussi une politique éducative ambitieuse : enseigner l’histoire de la Shoah, déconstruire les préjugés, former les enseignants à repérer et traiter les discours de haine.

Au niveau local, les maires et les élus ont un rôle décisif : soutenir les associations, favoriser le dialogue interreligieux, organiser des temps de mémoire, réagir sans ambiguïté à chaque acte antisémite. La société civile, elle aussi, doit s’engager : signaler, témoigner, ne jamais laisser passer une parole haineuse.

Se souvenir d’Ilan Halimi, c’est affirmer que la France ne cèdera rien à la barbarie. C’est choisir de protéger, de prévenir et de rassembler, au nom de nos principes républicains : liberté, égalité, fraternité.