La participation au 1er tour des municipales : comprendre pour agir (ou réagir)

Paulette Juilien-Peuvion, Maire réélue de Neufchâtel-Hardelot (59) et Conseillère régionale des Hauts-de-France

 

Les chiffres de participation à ce premier tour appellent à une lecture sans complaisance. L’abstention reste élevée de presque 43 %, dans la continuité d’une tendance lourde qui traverse notre démocratie locale. Mais des facteurs spécifiques à cette séquence électorale méritent d’être soulignés.

 

Le premier est institutionnel. La suppression du panachage, qui permettait autrefois aux électeurs de composer librement leur bulletin en mixant des noms issus de différentes listes, a profondément modifié le rapport à l’acte de vote dans de nombreuses petites communes. Ce choix stratégique entre l’électeur et les candidats, cette liberté de choisir, contribuait à mobiliser. Sa disparition a mécaniquement refroidi une partie du corps électoral, en particulier dans les communes rurales et les petites villes de moins de 1.000 habitants (contre celles de moins de 3.500 habitants avant 2014).

 

Le deuxième facteur tient au contexte de la fin de campagne. L’actualité internationale, tendue, anxiogène et omniprésente, a littéralement percuté la dernière semaine de mobilisation, au moment précis où les électeurs commençaient à s’intéresser aux enjeux locaux. Dans un tel climat, difficile pour les candidats de faire entendre un discours municipal avec des projets concrets de proximité. Les citoyens, saturés d’informations dramatiques, ont eu du mal à se projeter et à recevoir des informations sur des candidats.

 

Enfin, il faut parler de la longue séquence budgétaire qui a précédé ce scrutin. Des mois de débats incompréhensibles pour une grande partie des Françaises et des Français, une impression de paralysie institutionnelle donnant une fatigue démocratique réelle. Beaucoup ont décroché, perdant le fil d’une actualité politique qui semblait tourner en rond, les perdant littéralement en chemin. Ce sentiment de distance avec les institutions a inévitablement pesé sur l’envie d’aller voter.

 

Pourtant, certaines communes ont fait mentir la tendance. À Neufchâtel-Hardelot, où je viens d’être réélue, le taux de participation a atteint 68,27 % soit plus de dix points au-dessus de la moyenne nationale et même mieux qu’en 2014 (68,24%). Neufchâtel-Hardelot montre que cet ancrage citoyen s’inscrit dans la durée. Mais ce résultat n’est pas le fruit du hasard. Trois listes étaient en compétition, ce qui a suscité un vrai débat local. À titre de comparaison, 67,85 % des communes françaises ne présentaient qu’une liste unique dimanche dernier. Quand il n’y a pas de choix, il n’y a pas de mobilisation.

 

Ces éléments d’analyse ne sont pas des excuses. Ce sont des signaux. Notre responsabilité, en tant que candidates et candidats, élus, militants et citoyens, est de renouer ce lien distendu et de rappeler une vérité simple : le vote, municipal en l’espèce, est celui qui influe directement sur nos vies. C’est le sens de notre engagement, et ce sera notre cap pour les années à venir.