Affaire Lyhanna, l’onde de choc

Dominique Vérien, Sénatrice de l’Yonne, Présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes au Sénat, Conseillère municipale de Saint-Sauveur-en-Puisaye (89) et Déléguée nationale UDI au pôle régalien

 

La mort de Lyhanna n’est pas un fait divers. C’est une onde de choc, une déchirure insupportable dans notre contrat social. Mais, au-delà de l’effroi et de la colère légitime qui nous saisissent, il nous faut regarder la vérité en face : ce drame n’est malheureusement pas le premier, et si nous refusons de changer radicalement notre approche, il ne sera, tragiquement, pas le dernier.

 

Chaque nouvelle victime est le rappel cruel d’une mécanique défaillante. Bien sûr, une enquête doit être menée sans complaisance pour identifier les dysfonctionnements précis et établir les responsabilités. Les sanctions doivent tomber là où des manquements ont été constatés. Mais l’indignation ne suffit plus ; elle ne protège personne. Il est temps de passer de la réaction émotionnelle à une réforme de structure, profonde et ambitieuse.

 

Le problème n’est pas seulement une question de moyens financiers. Il est avant tout une question de culture et de compétence. Nous devons engager une formation massive et continue des magistrats, des policiers et des gendarmes. Il ne s’agit pas d’ajouter une ligne sur un curriculum, mais de changer la manière dont la parole des femmes et des enfants est accueillie, entendue et traitée.

 

Il est impératif que la prise en charge des plaintes concernant les violences sexuelles ou les violences intrafamiliales devienne une priorité absolue, non négociable. Nous avons besoin d’un système de détection des cas à risque réellement efficace. Aujourd’hui, trop de signaux faibles passent inaperçus. Même lorsque les auteurs n’ont été impliqués que dans des affaires classées sans suite, leur historique doit être consolidé et analysé pour permettre une évaluation immédiate du danger. Une procédure classée ne doit plus jamais être synonyme d’impunité ou d’invisibilité.

 

Nous ne pouvons plus nous contenter de déplorer. À défaut, nous resterons les témoins passifs de notre propre renoncement. Lyhanna mérite mieux que nos larmes. Elle mérite une transformation radicale de nos institutions. Il est temps d’agir, vraiment, avant que le prochain nom ne vienne s’ajouter à cette liste déjà trop longue.