L’autonomie de la Corse, le vrai sujet est ailleurs
Daniel Leca, Vice-président de la Région Hauts-de-France, Président du groupe UDI à la Région Hauts-de-France, 1er adjoint au Maire de Compiègne (60), Secrétaire général de l’UDI chargé des fédérations et natif d’Ajaccio
Le débat sur la réforme constitutionnelle relative à la Corse aurait dû être un moment de concorde. Il aurait dû permettre de rassembler les Corses autour d’une question légitime : comment mieux prendre en compte les spécificités de l’île, consacrer sa singularité insulaire, afin de rendre l’action publique plus efficace et mieux adaptée aux réalités locales ?
Malheureusement, le texte aujourd’hui soumis au Parlement apparaît davantage comme un facteur de division que comme une solution partagée.
Cette situation tient d’abord au contexte dans lequel le processus a été engagé. L’ouverture des discussions est intervenue dans le sillage des émeutes qui ont suivi l’agression puis le décès d’Yvan Colonna. Dès lors, aux yeux de nombreux Français comme de nombreux Corses, cette réforme a parfois été perçue comme une concession accordée sous la pression de la rue plutôt que comme l’aboutissement d’une réflexion institutionnelle sereine.
Mais le principal problème est ailleurs. Le débat s’est progressivement réduit à une confrontation entre camps politiques, autonomistes, nationalistes, jacobins ou décentralisateurs, alors qu’il soulève en réalité une question beaucoup plus large : celle de la place des territoires dans notre République. La Corse n’est pas la seule collectivité confrontée à des normes conçues à Paris et parfois mal adaptées aux réalités locales. Ce dont notre pays a besoin, c’est d’un véritable acte de décentralisation permettant aux collectivités d’adapter plus largement la loi et les règlements aux spécificités de leur territoire, tout en restant dans le cadre de la République.
Dans ce contexte, il aurait été parfaitement envisageable de reconnaître dans la Constitution certaines singularités corses, qu’il s’agisse de sa langue, de son histoire ou de son identité particulière. Une telle reconnaissance symbolique aurait pu constituer un geste fort. On peut toutefois relever une forme de paradoxe chez certains nationalistes qui souhaitent voir consacrée l’identité corse dans le texte fondamental de la République tout en contestant, par ailleurs, l’appartenance pleine et entière de l’île à cette même République.
Au fond, l’urgence n’est pas tant de créer un statut dérogatoire supplémentaire que de donner enfin à la Corse, comme aux autres territoires, les moyens institutionnels d’agir efficacement pour répondre aux défis économiques, sociaux, environnementaux et de développement auxquels elle est confrontée. C’est sur ce terrain que les Corses attendent aujourd’hui des résultats concrets.