Canicules, crise au Moyen-Orient : nos agriculteurs n’ont plus le temps d’attendre
Franck Ménonville, Sénateur de la Meuse, rapporteur du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles et agriculteur
L’été commence à peine et nos campagnes suffoquent déjà. La vague de chaleur de juin a frappé tôt dans la saison et d’une violence hors norme, après un mois de mai marqué par un épisode d’une précocité inédite. Les 24 et 25 juin resteront les journées les plus chaudes jamais enregistrées à l’échelle nationale, devant 2003. De nouvelles fortes chaleurs sont déjà annoncées. Le plus dur est peut-être devant nous, et la facture est déjà lourde pour le monde agricole.
Rappelons une réalité simple. Contrairement à ce que l’on imagine, nos animaux souffrent bien avant de dépasser les 30 degrés… Une vache laitière comme un mouton entre en stress thermique dès 25 degrés, une volaille au-delà de 30, et l’humidité de l’air rend ces seuils encore plus dangereux. À 40 degrés, les pâturages ne sont pas pensables. La seule parade efficace dans les bâtiments d’élevage reste la ventilation et l’humidification. Encore faut-il de l’électricité pour la faire tourner, or les pics de consommation provoquent des coupures qui privent les exploitations de leurs ventilateurs au pire moment. Le résultat est brutal. Selon les équarrisseurs, en première ligne face à l’afflux de cadavres, la surmortalité de la seule semaine écoulée a bondi de 40 % chez les bovins, de 55 % chez les porcs et jusqu’à 1 200 % chez les volailles par rapport à l’an dernier, au point de saturer les centres de traitement. Les céréaliers ne sont pas épargnés, avec des cultures qui achèvent leur cycle trop vite et des fourrages desséchés qui alourdiront les charges des éleveurs cet hiver.
Or, cette canicule n’est qu’un coup de plus. Cet hiver, les inondations ont noyé nos sols sous un surplus d’eau aussitôt perdu. Cet été, la sécheresse nous prive de cette même ressource. Nous nous noyons en janvier pour manquer d’eau en juillet. La logique commande de capter ce surplus quand il tombe pour l’utiliser de façon raisonnée le reste de l’année, comme nos voisins espagnols et italiens le font depuis longtemps. À ce choc climatique s’ajoutent les tensions au Moyen-Orient, qui renchérissent le carburant et les engrais dont l’Europe reste trop dépendante, des cours qui ne se redressent pas et une balance commerciale agricole devenue déficitaire pour la première fois. Le ciseau des prix menace des régions entières, à commencer par les zones intermédiaires.