Autonomie à domicile : l’État doit cesser de se défausser sur les Départements
Monique Gibotteau, Vice-présidente du Conseil départemental du Loir-et-Cher chargée de la solidarité liée à l’autonomie, au handicap et aux aides à domicile
Le rapport de la Cour des comptes sur les Services Autonomie à Domicile (SAD) confirme ce que nous, élus locaux, crions dans le désert depuis des mois : la réforme du grand âge est une formidable ambition sur le papier, mais un immense trompe-l’œil financier sur le terrain.
En Loir-et-Cher, à travers notre Schéma des Solidarités, nous faisons du « virage domiciliaire » une priorité absolue. Vieillir chez soi, dans la dignité et la sécurité, est le vœu de l’immense majorité de nos aînés. Pour y répondre, notre Département déploie une énergie considérable : soutien indéfectible aux proches aidants, modernisation des structures et revalorisation salariales pour redonner du souffle à des métiers en crise profonde de vocations. Nous assumons nos responsabilités de chef de file de l’action sociale.
Mais le cœur du problème reste inchangé, et le constat de la Cour des comptes est sans appel. L’État central légifère, fusionne les services (SAAD et SSIAD), fixe des normes toujours plus complexes, mais refuse d’en assumer le coût réel. En transférant la charge financière de cette transformation aux départements sans compensation pérenne, l’État nous condamne à gérer la pénurie.
Cette politique du « chèque sans provision » met en péril l’équilibre même de nos budgets locaux. Face à l’explosion des besoins liés au vieillissement de la population, le modèle actuel est à bout de souffle. Les revalorisations indispensables des professionnels du soin à domicile ne peuvent reposer sur les seules épaules des contribuables départementaux.
L’accès à une prise en charge de qualité ne doit pas dépendre de la richesse d’un territoire. Il s’agit d’un droit républicain. L’État doit cesser de se défausser et engager enfin le grand chantier d’une loi Grand Âge courageuse, dotée de financements nationaux à la hauteur du mur démographique qui se dresse devant nous. La solidarité nationale ne peut plus être une variable d’ajustement. Les départements sont prêts à agir, mais ils ne pourront pas pallier indéfiniment les manquements d’un État déconnecté des réalités locales.