Mégafeux : face à un risque qui change d’échelle, changeons de méthode
Olivier Richefou, Président du Conseil départemental de la Mayenne et Président de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours
Les mégafeux ne sont plus un scénario exceptionnel. Ce sont des incendies d’une intensité telle qu’ils sortent des normes habituelles : des surfaces parcourues toujours plus importantes, une puissance et une vitesse de propagation inédites, des dégâts considérables pour les populations, les infrastructures et les écosystèmes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En juillet 2025, 23 834 hectares avaient brûlé selon EFFIS, le système européen d’information sur les feux de forêt. Cette année, ce sont déjà 91 525 hectares, au 29 juillet dernier, qui ont été touchés. La saison des feux de forêt n’a pas simplement commencé plus tôt : elle change de nature, sous l’effet d’épisodes de canicule toujours plus précoces et du dérèglement climatique.
Nous devons regarder cette réalité en face. Les mégafeux ne sont plus une menace exceptionnelle ; ils deviennent un risque structurel auquel notre pays doit s’adapter.
En tant que président de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours, mais aussi président de Département et de SDIS (service départemental d’incendie et de secours), je mesure chaque jour l’engagement remarquable des sapeurs-pompiers. Face à ces incendies hors norme, il faut rappeler une réalité souvent méconnue : le feu ne s’arrête pas.
Contrairement à la plupart des catastrophes naturelles, nous faisons le choix d’interposer des femmes et des hommes entre les flammes et les populations pour en limiter les conséquences. Ils prennent des risques considérables pour sauver des vies, protéger des habitations, préserver des infrastructures et notre patrimoine naturel. Mais lorsque les conditions deviennent extrêmes, un mégafeu peut dépasser les capacités d’intervention humaines.
C’est pourquoi la prévention est devenue aussi essentielle que la lutte. Notre doctrine est claire : 95 % des départs de feux doivent être maîtrisés avant d’avoir parcouru cinq hectares. C’est cette capacité d’intervenir très tôt qui fait aujourd’hui la force du modèle français. Pour la préserver, nous devons renforcer le débroussaillement, mieux aménager les massifs forestiers, entretenir les pistes d’accès, sécuriser les ressources en eau, développer les outils de détection et sensibiliser davantage nos concitoyens.
Nous devons également adapter durablement nos capacités d’intervention. Les services d’incendie et de secours ont besoin d’équipements modernisés, de moyens aériens et terrestres à la hauteur des enjeux, mais aussi d’effectifs formés à des opérations toujours plus complexes. Cette adaptation suppose une vision de long terme et une coopération renforcée entre l’État, les Départements et l’ensemble des collectivités.
À l’UDI, nous défendons une écologie de solutions. Face aux conséquences du dérèglement climatique, nous refusons aussi bien l’improvisation que les postures idéologiques. Les territoires connaissent leurs vulnérabilités, expérimentent des réponses concrètes et doivent être pleinement associés aux décisions nationales.
Les mégafeux nous imposent de changer d’échelle. Ils appellent une politique fondée sur l’anticipation, la proximité et la responsabilité partagée. Protéger nos forêts, nos habitants et celles et ceux qui les défendent est un impératif national. C’est maintenant que se prépare la sécurité de demain.