Changement climatique : les montagnes en première ligne

Éric Fournier, Conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes délégué à l’air, au climat et à l’énergie, ancien Maire de Chamonix-Mont-Blanc (74)

Fonte glaciaire, effondrements rocheux massifs, crues et laves torrentielles, étés caniculaires, érosion de la biodiversité… la montagne est en première ligne face aux dérèglements climatiques. 

Ces phénomènes de plus en plus fréquents ne posent plus seulement la question de l’adaptation de ces territoires : c’est à terme la question de l’habitabilité même de nombre d’espaces qui est posée.

 

Il ne s’agit plus seulement de prévoir une diversification des activités économiques, d’organiser une montagne « 4 saisons » ou de réaliser tel ou tel ouvrage de protection. Bien que modélisées depuis des années, la rapidité et la brutalité des effets du bouleversement climatique doivent amener à des transformations immédiates : nous ne sommes plus au rythme de la « transition » !

Si la solidarité nationale continue à jouer en cas de catastrophe, les élus locaux se trouvent souvent seuls dans l’anticipation et la mise en œuvre des politiques publiques nécessaires pour limiter les effets prévisibles du dérèglement climatique :

  • De COP régionale en COP départementale, ils s’épuisent devant une avalanche de données qui ne se traduit pas en plans d’action ;
  • L’État central continue à considérer ces territoires – parce que souvent touristiques – comme « riches » et multiplie les prélèvements (FPIC, DILICO…), limitant drastiquement leur capacité d’investissement.
  • Les difficultés budgétaires à chaque niveau territorial conduisent à diminuer le financement en fonctionnement de postes pourtant plus que jamais indispensables…

Quelques pistes pourraient être proposées pour faire face à une urgence qui semble reléguée au second plan dans le contexte national et international :

  • Sanctuariser dans un fonds national une fraction des montants prélevés sur ces collectivités (FPIC, DILICO) pour le financement des programmes d’action favorisant l’adaptation plutôt que les laisser intégralement filer dans le puits sans fond du budget de l’État ;
  • Mutualiser l’ingénierie et les financements en les adaptant à chaque territoire. Des exemples existent (eau et qualité de l’air dans la vallée de l’Arve) qui ont su dépasser les problèmes de compétences ou les limites administratives ;
  • Réformer et unifier les différents documents de programmation qui s’imposent aux collectivités (PLU(i), PCAET, PMS, ZAER…) pour une meilleure efficacité de l’action publique.

Ce qui se joue en montagne, mais aussi sur les zones littorales et demain sur tous les territoires, c’est notre capacité à trouver un nouveau mode d’habitabilité des milieux naturels en rapide mutation. Quel enjeu pourrait être plus important ?