Le discours sur l’état de l’Union 2026 : quelles ambitions pour quelle Europe ?

Valérie Devaux, Députée européenne et Conseillère départementale de la Somme

Le 16 septembre 2026, Ursula von der Leyen a présenté, devant le Parlement européen, les grandes priorités de la Commission pour l’année à venir.

La compétitivité, l’innovation et l’intelligence artificielle occupent une place centrale. La Commission veut renforcer les capacités technologiques européennes, soutenir les entreprises et réduire certaines dépendances stratégiques.

Sur le plan social, l’enjeu est de démontrer que cette stratégie de puissance ne se fera pas au détriment du modèle européen. Emplois de qualité, logement abordable, soins et égalité entre les femmes et les hommes figurent ainsi parmi les priorités annoncées. Néanmoins, la question sera moins celle des intentions que de la capacité à dégager des financements et à obtenir des accords au Parlement et entre les États membres.

La protection des mineurs illustre particulièrement ce passage de l’ambition à la mise en œuvre. Le futur Kids Act prévoit notamment une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 13 ans et des restrictions renforcées jusqu’à 15 ans. Cette initiative s’inscrit dans la droite ligne de ce qu’entreprend actuellement la France en matière de protection des mineurs en ligne. Mais l’efficacité du dispositif dépendra de sa capacité à contrôler concrètement l’âge des utilisateurs et à faire respecter ces obligations par des grandes plateformes numériques.

Le discours sur l’état de l’Union intervient dans un contexte politique européen en pleine évolution. Après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt en Allemagne, le scrutin très serré en Suède constitue un nouveau signal de la recomposition des équilibres politiques nationaux. Dans les prochains mois, les échéances électorales en France mais aussi en Espagne, en Italie ou encore en Pologne, seront autant de rendez-vous qui contribueront à façonner le paysage politique européen.

L’annonce concernant le Canada est probablement la plus ambitieuse sur le plan géopolitique. Ursula von der Leyen a proposé d’en faire le premier « membre associé » de l’UE, avec une coopération renforcée en matière de défense, d’énergie, de technologies et de sécurité économique. Le choix du Canada traduit la volonté européenne de consolider ses alliances avec des partenaires partageant ses intérêts stratégiques.

Cependant, le projet pose également une question de crédibilité. Le CETA, signé en 2016, n’est toujours pas ratifié par dix États membres. Aller vers un statut d’association inédit supposera donc d’abord que les Européens soient capables de s’accorder eux-mêmes sur ce qu’ils veulent construire.