L’école française paie le prix fort sans en récolter les fruits

Pascal Demarthe, Conseiller régional des Hauts-de-France et retraité de l’Éducation nationale

Le rapport 2026 de l’OCDE « Regards sur l’éducation » tend à la France un miroir sans complaisance, celui d’un pays qui paie le prix fort pour son école sans en récolter les fruits.

Le budget n’est pas en cause. La France consacre 5,4 % de sa richesse nationale à ses établissements, du primaire au supérieur, recherche comprise, contre 4,7 % en Espagne et 4,4 % en Allemagne. Parmi les grands pays européens, seul le Royaume-Uni fait davantage, et notre effort reste stable depuis dix ans. Le problème ne tient donc pas au volume du réservoir, mais aux fuites.

 

Car l’argent arrive mal jusqu’à la classe. L’Allemagne consacre une part plus faible de son PIB à l’éducation et dépense pourtant 18 785 dollars par élève, contre 16 800 chez nous. À l’école élémentaire, un enseignant français a la charge de 18 élèves, contre 15 en Allemagne et 12 en Espagne.

Le premier décrochage touche les enseignants. Après quinze ans de carrière, un professeur de collège français perçoit un salaire statutaire de 54 778 dollars en parité de pouvoir d’achat. Son homologue allemand en touche 111 804, soit plus du double. Et que l’on ne se retranche pas derrière la richesse allemande, puisque l’Espagne, qui dépense moins que nous par élève, rémunère ses professeurs 41 % de plus. Faut-il s’étonner qu’à peine plus d’un enseignant sur quatre se dise satisfait de son salaire ?

Le second touche les élèves. Nos classes de collège comptent en moyenne 26 élèves, le chiffre le plus élevé d’Europe, contre 25 en Espagne et 23 en Allemagne. À la sortie, la facture est lourde puisque 18 % des jeunes de 18 à 24 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, contre environ un sur dix en Allemagne. Même l’Espagne, qui partait de beaucoup plus loin, fait désormais un peu mieux que nous.

La France garde toutefois un atout, avec seulement 7 % d’enseignants non pleinement qualifiés, contre près de 19 % en Allemagne.

La baisse annoncée du nombre d’élèves offre une occasion historique. Ne la transformons pas en économie de bout de chandelle. Saisissons-la pour alléger les classes, revaloriser ceux qui enseignent et concentrer l’effort sur l’école élémentaire. La France n’a pas besoin de dépenser plus. Elle doit enfin dépenser mieux.