défendre un ordre international

Olivier Cadic, Sénateur des Français établis hors de France

 

Le monde traverse une phase de bascule. La multiplication des crises, l’usage décomplexé de la force et la remise en cause des règles internationales dessinent une diplomatie de plus en plus brutale.

Dans ce contexte, l’impunité revendiquée par le président des États-Unis, ses déclarations unilatérales et ses menaces envers des alliés traduisent une rupture profonde avec les principes qui ont structuré l’ordre international depuis des décennies. Le droit n’a pas disparu, mais il est ouvertement contesté. Or, sans droit, il n’y a plus de stabilité durable.

 

Le Venezuela incarne tragiquement cet effondrement.

8 millions de Vénézuéliens ont fui ce narco-État. Le pouvoir s’est maintenu par la répression, la corruption et l’appui de réseaux criminels internationaux, avec des complicités avérées de la Russie, de la Chine, de Cuba et de l’Iran. Le peuple vénézuélien a pourtant parlé : il a voté massivement pour l’alternance. Ce choix a été nié. La démocratie a été confisquée.

Malgré l’éviction de Nicolas Maduro, le système qu’il a façonné demeure.

Une cinquantaine de prisonniers seulement ont été libérés sur près de huit cents responsables politiques, militaires et leaders sociaux encore détenus arbitrairement.

 

Face à cette situation, la France ne peut rester spectatrice. Seule puissance européenne durablement présente et active en Amérique latine, elle porte une responsabilité particulière. Elle doit agir avec clarté, constance et fermeté pour soutenir une transition démocratique crédible, en lien avec ses partenaires, sans céder à l’illusion des effets d’annonce.

 

Au-delà du Venezuela ou de l’Iran, révélateurs des régimes où la répression devient un mode de gouvernement, c’est le rôle même de la France dans les crises mondiales qui est en jeu. Du Groenland, où ressurgissent des logiques de coercition entre alliés, à l’Indo-Pacifique, où la Chine accroît la pression sur Taïwan, en passant par le Somaliland, démocratie stable et pacifique à la pointe de la Corne de l’Afrique, ignoré de tous, mais aussi par l’Ukraine, la France doit défendre une ligne cohérente : celle du droit contre la force, de la souveraineté contre la prédation. L’Alliance pour la paix en Europe montre que cette ambition est possible lorsqu’elle s’appuie sur la volonté politique et l’unité.

 

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse chaque crise prise isolément. C’est une question centrale : voulons-nous d’un monde où les frontières et les peuples sont soumis à la loi du plus fort, ou d’un ordre international fondé sur le droit, la responsabilité et la liberté ? La France comme l’Europe doivent choisir, et agir.