La France bien présente en Amérique latine

Laurent Mazaury, Député des Yvelines, membre de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale et Conseiller municipal d’Élancourt

 

La Guyane française est le plus petit territoire d’Amérique du Sud, mais le seul de l’Union européenne dans cette région du monde. Depuis 1965 et la décision du général de Gaulle d’y établir la base spatiale de lancement française, la Guyane et Kourou constituent un centre majeur de la conquête spatiale mondiale. Mais ce territoire est enclin à de nombreuses tensions régionales.

 

Tout d’abord, un différend frontalier existe entre la France et le Suriname. En effet, un territoire de plusieurs milliers de kilomètres carrés au sud-ouest du territoire sous domination française est revendiqué par notre voisin depuis 1885.

 

Ensuite, de bonnes relations sont affichées avec le Brésil au niveau de la coopération pour lutter contre la pêche et l’orpaillage illégal. Cependant, la frontière entre le Brésil et la Guyane est au cœur de nombreux enjeux. En effet, quatre factions armées brésiliennes liées au narcotrafic se sont, par exemple, introduites en Guyane. De plus, selon le procureur General Joël Sollier, 96% des orpailleurs illégaux sont brésiliens, majoritairement fournis en matériel à partir du Suriname par des commerçants chinois. L’or récupéré est acheté par les Chinois. En quelque sorte, l’or français est donc capté par la Chine, profitant d’une certaine porosité des frontières guyanaises. L’opération Harpie depuis 2008 a vocation à lutter contre cet orpaillage illégal volant la France et posant de très sérieux problèmes sanitaires pour les guyanais.

 

Par ailleurs, la Guyane se retrouve insérée entre deux plaques tournantes de l’immigration clandestine vers son territoire : le Surinam pour les flux issus des Caraïbes (Haïti, République dominicaine et Guyana), et le Brésil, pour les flux originaires de ce même pays, mais aussi d’Haïti et d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient.

 

D’autre part, l’intervention américaine rebat les cartes de la géopolitique régionale, puisque le Venezuela faisait pression sur le Guyana pour récupérer l’Essequibo.

En outre, la zone économique exclusive (ZEE) française étendue à 350 miles marins subit également un pillage de ses ressources.

 

Globalement, la Guyane française est donc un ilot européen au milieu d’un monde en développement, face à des menaces multiformes sur ses ressources et indirectement sur sa population.