Intelligence artificielle : ne laissons pas les territoires au bord de la révolution
Jérôme Neveux, Maire de Jaunay-Marigny (86), Président de l’Association des Maires et Présidents d’Intercommunalité de la Vienne, Co-Président de la Commission Numérique et IA de l’AMF et Vice-Président de la Communauté urbaine de Grand Poitiers, délégué au Développement économique, à l’Enseignement supérieur et à la Recherche.
Chaque révolution technologique redistribue les cartes. L’intelligence artificielle (IA) ne fait pas exception. Elle transformera profondément notre manière de travailler, d’apprendre, de produire et d’administrer. La véritable question n’est donc plus de savoir si les collectivités territoriales doivent s’y intéresser, mais comment elles peuvent en faire un levier au service de l’intérêt général.
Les élus locaux sont confrontés à une équation de plus en plus complexe : davantage de normes, des attentes citoyennes toujours plus fortes, des contraintes budgétaires accrues et des difficultés de recrutement. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle représente une formidable opportunité.
Elle ne remplacera jamais la décision politique. Elle ne remplacera jamais l’expérience d’un agent ou le discernement d’un maire. En revanche, elle peut considérablement renforcer notre capacité d’action. Elle peut automatiser les tâches répétitives, accélérer les recherches juridiques, faciliter la préparation des délibérations, optimiser la gestion des bâtiments, de l’énergie ou des mobilités, améliorer la relation avec les usagers et aider à anticiper les besoins d’un territoire.
Les grandes métropoles disposent souvent de moyens suffisants pour expérimenter ces nouveaux outils. Elles peuvent optimiser la gestion des mobilités, de l’énergie, des bâtiments publics ou encore anticiper les besoins d’investissement grâce à l’analyse de données complexes. L’intelligence artificielle devient alors un véritable levier de pilotage stratégique.
Pour les villes moyennes, l’enjeu est tout aussi important. L’IA peut simplifier la relation avec les usagers, accélérer le traitement des demandes administratives, accompagner les services juridiques, financiers ou techniques, et améliorer la gestion des ressources humaines. Autant de gains de temps qui permettent aux équipes de se consacrer davantage aux projets de territoire.
Mais c’est peut-être dans les petites communes que l’intelligence artificielle peut produire les effets les plus significatifs. Face à des effectifs réduits et à une complexité réglementaire toujours croissante, elle offre des solutions concrètes pour préparer des délibérations, rechercher une information juridique, rédiger des courriers, faciliter la commande publique ou assister les secrétaires généraux de mairie. L’IA peut contribuer à réduire les inégalités d’accès à l’expertise entre les territoires.
Nous devons toutefois éviter un risque majeur : celui d’une nouvelle fracture territoriale. Si seuls les territoires les plus riches accèdent aux meilleurs outils, l’IA deviendra un facteur d’inégalités. Si, au contraire, nous mutualisons les solutions, formons les élus et les agents, garantissons la souveraineté des données publiques et développons des outils éthiques, transparents et accessibles, alors elle deviendra un puissant levier de cohésion territoriale.
L’intelligence artificielle n’est pas une fin en soi. C’est un moyen. Un moyen de redonner du temps aux agents pour les missions à forte valeur humaine. Un moyen de renforcer l’efficacité de l’action publique. Un moyen de rapprocher l’administration des citoyens.
Parce que l’avenir de nos communes ne se construira pas contre l’innovation, mais grâce à elle, faisons de l’intelligence artificielle une nouvelle alliée des élus locaux. Non pour décider à leur place, mais pour leur permettre de décider mieux, plus vite et plus efficacement.