La crise actuelle nous assomme encore plus !
Vincent Delahaye, Sénateur de l’Essonne, membre de la commission des finances du Sénat, Conseiller municipal de Massy (91) et Secrétaire national UDI aux finances publiques
Au début des années 2020, nous avons été quelques-uns, surtout à l’UDI, à alerter sur les risques majeurs qu’il y avait à continuer de s’endetter de façon exponentielle. Mais c’était malheureusement peine perdue et nous prêchions dans le désert.
C’était plus facile de ne rien faire, de pratiquer le « n’importe quoi qu’il en coûte » et de transférer l’ensemble sur les générations futures. Mais la réalité nous rattrape plus vite que certains ne le pensaient. En 2026, nous allons emprunter plus de 300 milliards d’euros et payer au moins 74 milliards d’intérêts à nos prêteurs. La sonnette d’alarme tirée, il y a quelques années, alors que les taux d’intérêt étaient nuls et que la dette ne nous coûtait rien, n’a pas été entendue. Nous alertions sur le fait que cette situation était exceptionnelle, anormale et forcément provisoire.
Avec les crises successives, la montée des prix de l’énergie et, du coup, de l’inflation, les taux d’intérêts sur les dettes dites « souveraines », c’est-à-dire des États, grimpent. Cette remontée est nettement plus marquée en France que chez nos voisins européens. Cette divergence révèle une vulnérabilité franco-française : la dégradation accélérée de nos comptes publics qui fait que, désormais, les marchés financiers exigent une prime plus élevée pour financer la France. Elle traduit une évolution différenciée des perspectives de défaut de notre pays par rapport au reste de la zone euro.
Aujourd’hui, nous sommes obligés d’emprunter à 3,7 % pour remplacer des emprunts à taux nul. Ainsi, la spirale infernale de la dette est enclenchée et nous entraîne droit dans le mur si rien n’est fait.
Certes, le coût réel de la dette reste, pour l’instant, relativement contenu parce qu’une large part des emprunts ont été émis avant 2022, à une époque où les taux d’intérêt étaient inférieurs à l’inflation et donc très en deçà des conditions auxquelles le Trésor emprunte aujourd’hui. Mais ce répit est temporaire. À mesure que les titres anciens arrivent à échéance et sont refinancés à des conditions moins favorables, la charge d’intérêt convergera vers le coût actuel d’émission.
Si les taux se maintiennent à leur niveau actuel, le simple roulement de la dette pourrait en doubler la charge d’ici 2030. Si l’ère des taux réels négatifs s’est refermée en 2022, ses conséquences budgétaires ne sont encore que très partiellement visibles dans les finances publiques.
La crise actuelle nous assomme encore un peu plus. La hausse des prix de l’énergie génère de l’inflation, mais également une baisse de la croissance et de la consommation. L’argent que nous versons aux pays producteurs de pétrole et de gaz va forcément manquer dans les caisses de l’État. Au bout du compte, entre les moindres recettes d’un côté, la hausse des dépenses de soutien à l’économie de l’autre, ou encore l’indexation des dépenses sociales et des retraites, cela va entraîner un déficit plus élevé. Avec l’envolée des taux d’intérêt, nous sommes pris dans le piège de la dette.
Et si encore cet endettement finançait des dépenses productibles véritablement utiles pour l’avenir du pays ? Quand on regarde de près la structure et la décomposition de nos dépenses publiques, il est hélas permis d’en douter !