La France sous les eaux : les crues ne sont pas une fatalité
Danièle Ponchaux, Maire d’Emmerin (59), ville “gardienne de l’eau” et Conseillère régionale des Hauts-de-France
L’épisode de crues généralisées qui touche notre pays a dépassé tous les records par son ampleur géographique et sa durée. La directrice du service Vigicrues l’a rappelé samedi dernier, appelant à « ne pas attendre de retour à la normale dans les prochains jours ».
Les services de Météo-France évoquent même des niveaux jamais atteints depuis le début des relevés en 1959, confirmant le caractère exceptionnel et préoccupant de la situation. Pourtant, ces événements ne relèvent plus seulement de l’exception. Ils s’inscrivent dans une tendance désormais bien identifiée : celle du changement climatique. Plus l’atmosphère se réchauffe, plus elle contient de vapeur d’eau, et plus les pluies intenses deviennent fréquentes, comme le rappelle la climatologue Françoise Vimeux.
Face à ces phénomènes de plus en plus réguliers et violents, la question de l’aménagement du territoire devient centrale. Car la catastrophe n’est pas uniquement météorologique : elle est aussi humaine.
L’artificialisation massive des sols (parkings, voiries, zones commerciales, lotissements…) empêche l’eau de pluie de s’infiltrer naturellement dans la terre. Elle ruisselle alors en surface, s’accumule en quelques heures et transforme des pluies intenses en inondations majeures. Nous avons progressivement construit des villes qui repoussent l’eau au lieu de l’absorber.
La désimperméabilisation des sols doit désormais devenir une priorité nationale. Cela suppose :
- la suppression de surfaces asphaltées inutiles ;
- la création de sols perméables (revêtements drainants, pavés poreux) ;
- le développement de noues végétalisées et de bassins d’infiltration ;
- la plantation d’arbres et la restauration des zones humides ;
- l’intégration systématique de solutions fondées sur la nature dans les projets urbains.
Les solutions existent : elles sont connues, éprouvées et souvent moins coûteuses que la réparation des dégâts.
Les conséquences de ces épisodes dépassent largement l’événement lui-même. Elles affectent durablement l’économie locale, fragilisent les sols, les berges, les fonds de rivières et de littoraux, et entraînent mécaniquement une hausse du coût des assurances pour les particuliers comme pour les collectivités.
Le dérèglement climatique nous frappe désormais toute l’année : mégafeux l’été, pluies torrentielles l’hiver, sécheresses prolongées au printemps. Le plus inquiétant est sans doute que nous n’en sommes qu’au début.
Ces records récents doivent nous servir d’avertissement. L’adaptation ne peut plus être différée. Agir structurellement sur l’aménagement des sols n’est plus une option environnementale : c’est une nécessité de sécurité publique.
Les événements que nous continuons d’appeler « exceptionnels » sont en train de devenir la norme.