La France durement touchée par les incendies

Lionel Goiseau, Conseiller municipal de Saint-Hilaire-de-Riez (85) et sapeur-pompier 

Le changement climatique ne modifie pas seulement notre environnement, il bouleverse aussi en profondeur le quotidien des sapeurs-pompiers. Les soldats du feu font face aujourd’hui à une mutation radicale de leurs missions, dictée par la multiplication d’événements météorologiques extrêmes.

L’évolution la plus spectaculaire concerne les incendies de végétation. Portés par des vagues de chaleur intenses et des sécheresses prolongées, les feux ne sont plus l’exclusivité des régions méditerranéennes ni de la seule saison estivale. Au 10 juillet de cette année, la sécurité civile recensait déjà plus de 25 000 hectares ravagés et plus de 8 000 départs de feu, c’est le double de la surface touchée à la même période en 2025.

Les pompiers doivent désormais intervenir tout au long de l’année et sur l’ensemble du territoire, face à des « mégafeux » dont la puissance dépasse souvent les techniques d’extinction traditionnelles. Cette année encore, les sapeurs-Pompiers payent un lourd tribut humain dans le combat contre ces incendies.

Parallèlement, les interventions liées aux crises hydrauliques, inondations éclairs, tempêtes et submersions marines se multiplient, les sapeurs-pompiers sont sursollicités, et ce, de plus en plus tôt dans l’année. Cela conduit à l’épuisement physique et mental des volontaires et professionnels qui restent mobilisables 24h/24 et 7 jours/7.

Face à cette pression inédite, le soutien de l’État devient le pivot indispensable de la résilience du modèle de secours. Pour consolider l’action des sapeurs-pompiers, la puissance publique doit d’abord garantir un effort budgétaire massif et pérenne qui ne peut reposer seulement sur les Départements. Cela se traduit par le financement d’équipements de pointe (véhicules tout-terrain standardisés, drones de cartographie thermique) et le renforcement des flottes aériennes de bombardiers d’eau.

Le pacte capacitaire initié en 2022 vise à combler le retard d’équipement, mais ne prend pas en compte l’évolution climatique défavorable.

Au-delà du matériel, l’État doit impérativement consolider le capital humain. Cela passe par la valorisation du volontariat, indispensable pour absorber les pics de crise, l’augmentation des effectifs professionnels et l’adaptation des référentiels de formation aux risques de demain (météorologie, gestion des mégacrises).

 

En devenant les premiers remparts face aux dérèglements environnementaux, les sapeurs-pompiers ont vu leur rôle sociétal grandir. Mais pour qu’ils continuent à protéger le territoire, l’État doit sanctuariser leurs moyens : car investir dans les secours, c’est désormais investir dans l’adaptation climatique de la nation.