La résilience de la société ukrainienne

Christophe de Contenson, Conseiller départemental de l’Allier chargé de l’action du Conseil départemental en faveur des exilés ukrainiens, Maire de Couzon (03) et Secrétaire national UDI à la coopération et au codéveloppement

 

Quatre ans déjà depuis que les Russes ont lancé cette invasion qui n’avait pour autre objectif que de mettre rapidement un turbulent voisin sous leur coupe.

Folle utopie, non seulement les Ukrainiens ont résisté, mais leur Président s’est muté en héros national, incarnant avec une totale abnégation le courage et la « bravitude » d’un peuple unique.

Quatre ans de trop. Un des conflits les plus meurtriers pour une armée régulière depuis 1945 : les pertes russes atteindraient environ 1,2 million de victimes, dont près de 325 000 tués. Du côté ukrainien, on dénombrerait 600 000 victimes, dont plus de 120 000 morts.

Tout cela pour quoi ? L’économie russe va entrer en récession, les caisses sont vides, l’essence est rationnée dans un grand nombre de régions, les télécommunications, communications et applications sont bloquées et « seulement » 20 % du territoire ukrainien serait sous occupation. Fragile conquête mise à mal tous les jours. Les Ukrainiens ont repris 300 km² la semaine dernière.

Vu d’ici, parce que cela nous arrange bien, on commente sans cesse en louant l’incroyable résilience ukrainienne. Un mot passe-partout qui nous dédouane de ne pas avoir à envoyer de soldats ni cet indispensable armement qui permettrait de bouter l’ours soviétique en dehors du pays.

Quelle serait la réaction de Vladimir Poutine, s’il venait à perdre ainsi la face ? Devant l’imprévisible, l’Europe hésite.  Cet esprit de résistance, cette capacité à danser par -20° torches en main dans les rues de Kyiv ou Kharkiv pour dire à Poutine que, sur le fond, rien ne les brisera, est l’alibi parfait pour justifier de nos atermoiements. Certes les Ukrainiens sont faits d’airain, mais ils sont psychologiquement en miette, rongés de l’intérieur par ces attaques incessantes qui peuvent les faucher à tout moment. Impossible de dormir, d’étudier, de travailler l’esprit serein. Alors oui, pour ne pas donner raison à l’agresseur, ils feignent, mais derrière ce jeu de rôle, ils nous attendent pour que cesse enfin l’horreur du quotidien.

Les manifestations culturelles qui s’y tiennent toujours ne sont que bouées pour ne pas couler, supplétives de celles que nous n’avons pas encore osé vraiment leur lancer.