Le courage des Iraniens viendra-t-il à bout du régime criminel et terroriste des Mollahs ?
Nathalie Goulet, Sénateur de l’Orne
Je connais l’Iran, j’y ai beaucoup d’amis proches, je m’y suis rendue régulièrement pendant des années jusqu’à ce que le sentiment d’insécurité me contraigne à renoncer à mes voyages.
Depuis 2009, c’est la 4e vague de protestations, mais cette fois, le feu né de l’assassinat de Masha Amini pour un voile mal porté qui n’a jamais été éteint, s’est transformé en une révolution, la jeunesse a été rejointe par le Bazar, c’est un signal fort.
Le peuple iranien et sa jeunesse forcent l’admiration par leur bravoure, comme de jeunes Chinois seuls devant un char sur Tienanmen, ils sont des milliers à braver une répression féroce. On annonce plus de 20 000 morts.
Le régime va-t-il vaciller ? Difficile à dire.
Les cercles de pouvoir et de corruption sont si puissants, la police religieuse et les Gardiens de la Révolution omniprésents, alors que dans le pays, l’opposition peine à identifier un leader.
Depuis les États-Unis où il est installé, le fils du Shah tente une percée. Il est suivi par de nombreux Iraniens en exil, mais sa légitimité est contestée : qu’a-t-il fait pour l’Iran depuis 40 ans ? Il apparaît comme le pion des Israéliens.
Et puis, depuis Auvers-sur-Oise, où la France l’accueille, une secte présidée par Madame Myriam Rajavi tente de s’imposer, le Conseil National de la Résistance, au financement bien opaque, a été classé un moment sur la liste des organisations terroristes.
Cette organisation est détestée en Iran pour avoir soutenu l’Irak contre son propre pays ; la population leur préféra n’importe lequel des Mollahs. Seule l’ignorance de quelques médias et d’élus leur permet d’apparaître sur nos écrans, mais qui peut croire qu’une femme voilée sera l’emblème d’un Iran libre et démocratique.
Donc pas de leader identifié et pas d’opposition organisée pour transformer l’énorme colère populaire que la violence de la répression renforce chaque jour en force politique.
Et les voisins ?
Que pensent nos partenaires saoudiens, qataris et émiriens de la survenance d’un Iran démocratique débarrassés de ses tyrans ?
Sur la possibilité d’une opération américaine, l’émir du Qatar a déclaré qu’une intervention en Iran serait contraire aux intérêts des amis des États-Unis. Quant à l’Arabie saoudite, le pays n’autorisera pas le survol de son espace aérien pour attaquer l’Iran.
Avec des réserves naturelles gigantesques, une agriculture, une industrie, des chercheurs, des médecins, des sites touristiques extraordinaires, l’Iran serait sans doute la grande puissance régionale avec 90 millions d’habitants et une jeunesse très éduquée, sans compter une diaspora qui, contrairement à d’autres, a conservé des liens avec « le vieux pays », cultive et transmet sa langue et sa culture ; 1 million d’Iraniens à Los Angeles, par exemple et des millions de binationaux dans le monde, prêts à rentrer pour apporter leur contribution and « Make Persia Great again ».
Alors on peut craindre que les autres puissances, comme les États-Unis ou Israël, hésitent à aider le peuple iranien à se libérer du joug d’une théocratie criminelle pourtant impliquée dans le pogrom du 7 octobre 2023 et dans la déstabilisation régionale avec le Hamas, le Hezbollah, les Houthis et au-delà, puisque des agents iraniens auraient fomenté le massacre de Sydney.
Et la France dans tout ça…
Elle a convoqué l’ambassadeur d’Iran au quai d’Orsay.
Nous sommes nombreux à espérer un changement de régime, choisi par les Iraniens eux-mêmes.
Nous sommes nombreux à redouter que la realpolitik l’emporte une fois de plus sur la morale et le courage.
Il y a plus de 2 ans, je déposais une proposition de résolution pour condamner le régime iranien, renforcer des sanctions, inscrire les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes, geler les avoirs, annuler les visas, y compris des enfants des dirigeants. Mais, dixit notre Commission des Affaires étrangères, ce n’était pas le bon moment…
20 000 assassinats plus loin, et une déstabilisation massive de la région, le moment est peut-être venu, d’autant qu’il ne s’agit que de mots quand nos sœurs iraniennes meurent sous les coups, les viols et les balles.
Un régime qui assassine sa jeunesse ne mérite aucun sursis.