Le droit à l’IVG est dans la Constitution, pas encore dans la réalité
Marie Dépaquy, Adjointe au Maire de Reims (51) déléguée aux Solidarités, à la Santé et à la Prévention et sage-femme
À l’occasion de la Journée internationale pour le droit à l’avortement, le Planning familial publie son Baromètre 2026 sur l’accès à l’IVG, réalisé par l’institut Kantar. Ses résultats doivent nous alerter.
Deux ans après son inscription dans la Constitution, la liberté de recourir à l’IVG, conquise grâce à la loi du 17 janvier 1975 portée par Simone Veil, figure majeure de notre famille politique, inquiète encore. 36 % des Françaises et Français craignent qu’elle soit remise en cause, six points de plus qu’en 2024. Ils ont raison d’être vigilants. La Constitution garantit une liberté, mais c’est la loi qui en fixe les conditions. Un gouvernement pourrait demain réduire les moyens, ou raccourcir le délai légal. Simone de Beauvoir l’avait dit : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » Rien n’est jamais acquis.
Sage-femme, je le constate chaque jour, l’urgence est désormais l’accessibilité. Près de trois femmes sur quatre ayant avorté dans un établissement de santé ont attendu plus de sept jours pour obtenir un rendez-vous, contre 54 % en 2024. Une sur deux indique qu’un professionnel a refusé de l’accompagner, contre 27 % deux ans plus tôt. Un professionnel qui ne pratique pas l’IVG devrait informer la patiente sans délai et l’orienter vers un confrère ou un centre. C’est la loi, et chaque porte fermée est un délai de plus.
Pour la méthode instrumentale, l’accès à l’hôpital devient un parcours du combattant, faute de médecins disponibles et de créneaux au bloc. Selon 62 % des associations du Planning familial, les femmes n’ont pas toujours le choix de leur méthode. Les sages-femmes peuvent désormais pratiquer l’IVG instrumentale à l’hôpital. Appuyons-nous pleinement sur elles. Toute femme souhaitant interrompre sa grossesse doit pouvoir obtenir rapidement un rendez-vous et une information fiable sur les démarches, les délais et les méthodes. Il faut renforcer les capacités des établissements de santé, développer une prise en charge à proximité du domicile et réduire les inégalités territoriales et sociales.
Un accompagnement respectueux et sans jugement doit être garanti à chaque étape. Le suivi des délais d’accès permet d’identifier les difficultés, encore faut-il y adapter les moyens.
Tout commence enfin par l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, dont les éducateurs doivent avoir les moyens.
Plus d’un demi-siècle après la loi Veil, défendre ce droit, c’est d’abord le rendre effectif. J’accompagne encore, à mi-temps, des femmes qui demandent une IVG. C’est mon combat professionnel. C’est désormais aussi mon combat politique.