Loi fin de vie : le Sénat n’a pas failli, il a délibéré

Olivier Henno, Sénateur du Nord et Secrétaire général de l’UDI au projet

Pour la troisième fois, le Sénat vient de débattre du projet de loi sur la fin de vie. Et pour la troisième fois, aucune majorité ne s’est dégagée sur l’aide à mourir. Faut-il pour autant dramatiser, désigner des responsables, voire des coupables ? Je ne le crois pas.

En tant que Sénateur du Nord et orateur du groupe Union Centriste sur ce texte, j’ai suivi chacune de ces lectures. La réalité politique est simple, notre assemblée, le Sénat, est traversée par une tripartition. Des opposants résolus, des partisans du texte de l’Assemblée nationale, et ceux qui, dont je fais partie, cherchaient un compromis assorti de toutes les garanties nécessaires. L’addition des contraires a conduit par deux fois au rejet de l’article 2, clé de voûte du texte. Voilà l’explication, et rien d’autre.

Je réfute donc les mots de parodie de débats ou d’absence de courage. Nos échanges ont été à la hauteur des enjeux et honorent le Sénat. Comment exiger la liberté de vote sur une question aussi intime, puis montrer du doigt ceux qui en ont usé ? L’incohérence est là.

 

Je veux aussi rappeler ce que ce débat a produit de meilleur : la généralisation de l’offre de soins palliatifs, formidable conquête sociétale lorsqu’elle sera mise en œuvre. Elle exigera des moyens. Ne laissons pas les passions l’effacer.

Des doutes légitimes demeurent sur ce texte. Les critères cumulatifs de l’aide à mourir suffiront-ils ? Je regrette que la clause de conscience n’ait pas été étendue aux établissements, comme pour l’avortement. Une loi de société doit-elle être gravée dans le marbre ? Pour le droit des femmes à disposer de leur corps, oui. Pour l’aide à mourir, on verra à l’usage, si des dérives survenaient, il faudrait revoir la loi.

François-Antoine de Boissy d’Anglas, homme de lettres du XVIIIe et XIXe siècle, professait la modération et le respect des convictions de chacun. En ces temps agités, faisons-en notre boussole. Nous avons voté en notre âme et conscience. Il est temps d’achever cette séquence.