Notre souveraineté se joue aussi en mer

Laurent Mazaury, Député des Yvelines, membre de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale et Conseiller municipal d’Élancourt

Dans mon rapport parlementaire consacré à la Défense en 2024, j’alertais déjà sur les tensions croissantes autour du détroit de Bab el-Mandeb et sur leurs conséquences potentielles pour le commerce mondial.

J’ai également signé une tribune consacrée au détroit d’Ormuz, dans laquelle nous soulignions la vulnérabilité de trois passages maritimes essentiels à l’économie mondiale : Ormuz, Bab el-Mandeb et Malacca.

L’actualité nous donne malheureusement raison.

Le blocage ou la forte perturbation de Bab el-Mandeb n’est pas une crise lointaine. Ce détroit constitue l’une des portes d’entrée de la mer Rouge et, au-delà, du canal de Suez. Lorsqu’il devient dangereux ou impraticable, les navires doivent contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Les trajets s’allongent, les coûts de transport et d’assurance augmentent, les délais d’approvisionnement se dégradent. Et, à l’arrivée, ce sont nos entreprises et nos concitoyens qui en supportent les conséquences.

 

Cette situation révèle surtout une fragilité stratégique : nous avons mondialisé nos chaînes de production sans toujours suffisamment sécuriser les routes qui les alimentent. Énergie, composants électroniques, matières premières, médicaments, une partie de notre économie dépend de flux maritimes qui peuvent être perturbés par une crise militaire ou politique à plusieurs milliers de kilomètres de nos frontières.

 

La France et l’Europe doivent en tirer les conséquences. Il nous faut d’abord renforcer notre capacité à protéger la liberté de navigation et les grandes voies maritimes. Cela suppose une Marine nationale puissante, des moyens de surveillance adaptés et une coopération européenne renforcée.

Mais la réponse ne peut être uniquement militaire. Notre souveraineté économique exige également de diversifier nos fournisseurs, de constituer des stocks stratégiques pour certaines ressources essentielles, de relocaliser les productions les plus sensibles et de réduire notre dépendance à quelques routes commerciales. Ormuz, Bab el-Mandeb, Malacca : trois détroits, trois points de vulnérabilité, une même leçon.

Dans un monde redevenu instable, la liberté des mers n’est plus seulement une question commerciale. Elle est une condition de notre indépendance. La souveraineté française et européenne commence aussi par la maîtrise et la sécurisation de nos approvisionnements.