Protéger nos enfants : aux territoires comme à l’État de prendre leurs responsabilités

Valérie Gonzo-Massol, Conseillère départementale de la Haute-Savoie auprès du Président en charge des violences intrafamiliales et Conseillère municipale d’Annecy (74)

 

De l’affaire Bétharram à l’affaire Lyhanna, la multiplication des affaires de violences sexuelles laisse la France groggy et en quête de justice. Car l’écart demeure immense entre les faits et les condamnations : un véritable système d’impunité, révélateur de failles systémiques dans la protection des enfants, et d’une banalisation de la culture du viol.

 

C’est ce que dénoncent Ernestine Ronai et le juge Édouard Durand, ancien président de la CIIVISE, Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, dans leur manifeste « Violences sexuelles, en finir avec l’impunité ».

 

En tant que conseillère départementale de Haute-Savoie en charge des violences intrafamiliales et faites aux femmes, j’endosse une responsabilité d’agir. Être élu, c’est avoir charge d’âmes, et nous sommes plus que jamais attendus sur cette question fondamentale.

 

Les départements doivent se donner les moyens d’une stratégie et d’outils concrets. L’Observatoire départemental de la protection de l’enfance et l’Observatoire des violences faites aux femmes, fruits d’un travail entre le Conseil départemental de Haute-Savoie, l’État, la justice et les associations, permettent une analyse fine des réalités locales, comme les risques prostitutionnels accrus, liés à la proximité de la Suisse, chez les jeunes confiés à l’Aide sociale à l’enfance.

 

Le renforcement des pratiques professionnelles protectrices doit passer par des plans de contrôle des établissements et par des attestations d’honorabilité. Notre colloque sur l’inceste organisé à Évian a ainsi permis de mobiliser les professionnels autour de la détection précoce des situations.

 

Sensibiliser le grand public reste essentiel, à commencer par les enfants eux-mêmes. Mais le programme d’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), voté en 2025 pour éduquer au consentement et au respect de son corps et de celui de l’autre, peine à s’appliquer : l’Éducation nationale tarde à délivrer les agréments aux associations. Campagnes d’information, « violentomètres », cubes pédagogiques en salle d’attente : chaque levier compte.

 

D’autres dispositifs, coûteux, retombent sur les collectivités pour compenser les carences de l’État : hébergements d’urgence, intervenants sociaux en commissariats et gendarmeries, centres de prise en charge des auteurs, pierre angulaire contre la récidive, que trop de territoires attendent encore.

 

Les territoires prennent leur part. À l’État, désormais, de prendre la sienne pour restaurer la confiance.

Ne nous résignons pas !