Venezuela, le symbole d’un nouvel ordre mondial
Laurent Mazaury, Député des Yvelines, membre de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale et Conseiller municipal d’Élancourt (78)
La crise vénézuélienne et la chute de Nicolás Maduro révèlent une tension fondamentale entre la défense des valeurs démocratiques et la réalité d’un monde où la force prime sur le droit.
Maduro, en confisquant le pouvoir et en privant les Vénézuéliens de leurs libertés, a bafoué leur dignité et leur droit à l’autodétermination. Si sa disparition de la scène politique est une libération pour un peuple assoiffé de liberté, les circonstances de son éviction posent question : l’intervention militaire américaine, bien que saluée par certains, contrevient au principe de non-recours à la force, pilier du droit international. Cette intervention n’est pas une bonne chose sur sa forme, en ce qu’elle ouvre une boite de pandore, en permettant à d’autres régimes de légitimer d’autres interventions potentielles et rapproche le monde de la guerre : Chine / Taiwan – Russie / Pays baltes – Émirats arabes unis / Soudan, etc…
Face à cette situation, la France et l’Europe se trouvent tiraillées entre leurs principes et leur impuissance. D’un côté, elles réaffirment leur attachement à la Charte des Nations unies et au respect de la souveraineté des peuples, rappelant qu’aucune solution durable ne peut être imposée de l’extérieur. De l’autre, elles constateront, non sans amertume, que les grandes puissances agissent désormais sans égard pour ces règles, réduisant l’Europe au rôle de spectateur impuissant. Les condamnations et les déclarations de principe, aussi légitimes soient-elles, ne suffisent plus à peser dans un monde où Washington et Pékin dictent le cours des événements.
Pourtant, l’Histoire enseigne que le droit ne peut prévaloir sans la force. La France, instruite par ces leçons, doit donc repenser sa stratégie : renforcer sa capacité militaire, refuser de s’effacer, et surtout, construire une Europe capable de défendre ses valeurs et ses intérêts. Il ne s’agit pas d’imiter les régimes autoritaires, mais de se donner les moyens d’agir pour que le droit international ne devienne pas une coquille vide. L’enjeu est clair : soit les démocraties se dotent des outils pour façonner l’ordre mondial, soit elles accepteront d’en être les témoins passifs, condamnées à subir les décisions des autres.
Le Venezuela est un symbole : celui d’un monde en mutation, où la légitimité ne suffit plus.
Pour que la voix de la France et de l’Europe compte encore, il faut passer des mots aux actes sans trembler.