Violences lors des municipales, que fait l’État ?
Ludovic Toro, Maire de Coubron (93), Conseiller métropolitain du Grand Paris, Conseiller territorial du Grand Paris Grand Est et Conseiller régional d’Île-de-France
Les images ont choqué. À Fresnes, la mairie saccagée avant même l’installation du nouveau maire. À Aubervilliers, Karine Franclet, ma collègue et amie, ancienne maire, exfiltrée de sa propre mairie sous la pression d’une foule.
Au Blanc-Mesnil, à Vaulx-en-Velin, à Creil : des passations de pouvoir transformées en scènes d’intimidation. Dans le Val-de-Marne, au moins 82 plaintes déposées au terme de campagnes municipales qualifiées de « délétères ». Et à Montcontour, dans les Côtes-d’Armor, un maire fraîchement élu contraint à la démission une semaine seulement après son installation, sous la pression de l’intimidation.
Ces violences n’étaient pas imprévisibles. Elles étaient annoncées. Le climat de tension qui avait marqué les campagnes dans de nombreuses communes aurait dû alerter les services de l’État. Il n’en a rien été. Ni avant, ni pendant, ni après l’annonce des résultats. L’État n’a pas été au rendez-vous. À la place, des déclarations d’intention, des formules convenues sur le respect des institutions, de la communication et rien de plus. Quelle protection concrète a-t-on offerte aux maires sortants ? Aucune directive claire, aucun dispositif de sécurisation systématique. Les préfets, garants de l’ordre républicain, sont restés silencieux là où leur autorité aurait dû s’exercer avec fermeté.
Mais la question ne s’arrête pas à une seule soirée. C’est là où réside le véritable danger. Pourquoi ces violences, une fois normalisées, s’arrêteraient-elles au soir de la proclamation des résultats ? Les nouvelles majorités font aujourd’hui peser une pression croissante sur les élus d’opposition. Des pressions qui poussent, déjà, certains élus à envisager la démission comme seule issue. Ce serait une catastrophe démocratique avec des oppositions intimidées, muselées, puis démises ; et donc des conseils municipaux réduits à des chambres d’enregistrement. Quelles directives les préfets donnent-ils pour garantir l’exercice libre et serein du mandat d’opposition ?
Être élu local, c’est s’exposer. Nous le savons, nous l’acceptons. Mais s’exposer à la violence physique, aux menaces, au harcèlement, sans que l’État ne garantisse notre protection, cela non. Tous les élus attendent des décisions fermes et concrètes.
Mais au-delà, il est grand temps de stopper cette violence qui touche tous les pans de notre société, qui détruit progressivement notre démocratie : pompiers, policiers, soignants, élus… car nous ne pourrons mettre un policier derrière chaque citoyen !