Violences sexuelles utilisées comme armes de guerre

Dominique Vérien, Sénatrice de l’Yonne et Présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes au Sénat

 

Le 6 janvier, la délégation aux droits des femmes du Sénat a ouvert l’année 2026 par un colloque consacré aux violences sexuelles utilisées comme armes de guerre, à travers les exemples du Soudan et de l’Ukraine.

 

Si nous avons inscrit ce sujet à notre agenda, c’est parce qu’il demeure d’une actualité glaçante. Le viol continue d’être employé, de manière systématique et organisée, comme une véritable tactique de guerre. En 2024, plus de 4 600 cas ont été documentés par les Nations unies, en hausse de 25 % par rapport à l’année précédente, des chiffres largement sous-estimés, tant le silence, la peur et la stigmatisation empêchent encore les victimes de parler.

 

La délégation aux droits des femmes se mobilise sur cette question depuis de nombreuses années. En 2013 déjà, elle publiait un rapport intitulé Pour que le viol et les violences cessent d’être des armes de guerre. Cette continuité de l’engagement est malheureusement le reflet de la persistance du fléau. Ces violences, qui touchent femmes, hommes et enfants, visent à terroriser, humilier et détruire les communautés dans ce qu’elles ont de plus intime. Le corps devient alors un champ de bataille.

 

La première table ronde de notre colloque était consacrée au Soudan, un conflit d’une extrême violence et pourtant largement invisible. Les témoignages évoquent des viols collectifs, y compris de nourrissons, de l’esclavage sexuel et des violences commises en public, dans un contexte d’impunité quasi totale. La seconde table ronde portait sur l’Ukraine, où les violences sexuelles accompagnent les exécutions, les tortures et les déportations, notamment dans les territoires occupés et les centres de détention.

 

Mettre en regard ces deux situations ne revient pas à les comparer, mais rappellent l’universalité de ces crimes et l’urgence d’une réponse internationale coordonnée. Des avancées existent, notamment en matière de documentation et de coopération judiciaire, mais elles restent insuffisantes face à l’ampleur des crimes.

Enfin, et je veux le redire avec force, les victimes de violences sexuelles en temps de guerre ne sont pas des dommages collatéraux, elles sont des cibles. Leur reconnaissance, la lutte contre l’impunité et l’accès à la justice sont des exigences auxquelles nous ne devrons jamais renoncer.