VivaTech 2026 : la souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se construit
Bertrand Coquard, Adjoint au maire des Clayes-sous-Bois (78), Conseiller départemental des Yvelines, Président de l’établissement Seine et Yvelines Numérique et consultant en technologie numérique et intelligence artificielle
À l’heure où VivaTech célèbre sa dixième édition, une question fondamentale s’impose : l’Europe veut-elle être une puissance de l’intelligence artificielle ou accepter un statut de dépendance technologique durable ?
L’épisode récent ayant conduit à la suspension mondiale de certains modèles avancés d’intelligence artificielle a brutalement rappelé une réalité souvent ignorée : des millions d’entreprises, d’administrations et d’utilisateurs européens dépendent aujourd’hui de technologies dont l’accès peut être restreint par une décision prise à plusieurs milliers de kilomètres de nos frontières.
Cette situation ne doit pas nous conduire au repli mais à la lucidité.
Comme l’a récemment souligné Arthur Mensch, fondateur de Mistral AI, la France dispose de deux atouts stratégiques majeurs : l’intelligence artificielle et l’énergie. Peu de pays peuvent prétendre réunir à la fois des talents reconnus mondialement dans l’IA et une production électrique largement décarbonée, abondante et compétitive.
Or la révolution de l’intelligence artificielle est aussi une révolution énergétique. Les centres de données qui entraînent et exploitent les grands modèles consomment des quantités d’électricité considérables. Dans ce domaine, la France possède un avantage unique en Europe grâce à son parc nucléaire et à sa capacité d’exportation d’électricité.
Notre responsabilité est donc claire : accélérer le développement des infrastructures numériques et des data centers, tout en veillant à ce qu’ils contribuent au renforcement de notre souveraineté technologique. L’objectif ne doit pas être uniquement d’accueillir les infrastructures des géants étrangers, mais également de favoriser l’émergence d’acteurs européens capables de développer, héberger et exploiter leurs propres technologies stratégiques.
La souveraineté numérique n’est ni un slogan ni un réflexe protectionniste. Elle est la capacité de choisir librement son avenir, de maîtriser ses infrastructures critiques et de préserver son autonomie de décision.
L’Europe dispose des compétences, des talents et des ressources énergétiques nécessaires. Le temps des diagnostics est désormais derrière nous. Celui des investissements, des infrastructures et de l’ambition industrielle doit commencer.
Parce qu’au XXIe siècle, la liberté des Nations se jouera autant dans les centres de données et les modèles d’intelligence artificielle que dans les infrastructures énergétiques qui les alimentent.